Zoom sur le bois de guitare : j’ai bien conscience de m’aventurer sur un terrain miné avec cet article. Autant dans le domaine de l’acoustique, l’influence des essences choisies sur le son d’un instrument laisse peu de place au doute, autant dans le domaine électrique, les sceptiques sont nombreux. Ils vont même jusqu’à postuler que le bois n’a aucune influence, qu’il suffit de bons micros pour avoir un bon son. Et pourtant, une Epiphone ne sonne pas comme une Gibson du Custom Shop pour peu qu’on lui mette les mêmes micros, étonnant non ? Pour te guider dans cette jungle peuplée de créatures de mauvaise foi, nous te proposons ce petit tour d’horizon.
Qu’est-ce qui fait vraiment le son d’une guitare ?
Entendons-nous bien pour commencer : le bois n’est rien si on ne l’utilise pas correctement. La qualité de conception et de fabrication d’un instrument, acoustique comme électrique, reste le facteur le plus important lorsqu’il s’agit de déterminer le son qu’il va produire. Le Custom Shop de Fender a fait des guitares et carton, en légo et en allumettes pour le prouver, et ces instruments avaient l’air de ne pas trop mal marcher. Taylor de son côté a réalisé la fameuse guitare acoustique en bois de palette, et leur conception est de telle qualité, notamment les barrages, qu’elle n’était pas à des années lumières des autres modèles de la marque.
Sur une électrique, l’influence respective du bois et des micros va en grande partie dépendre du niveau de sortie de ces derniers. Sur une Gretsch 6120, les Filter’Tron ont un niveau de sortie tellement réduit que la lutherie a une place colossale dans la création du son. À l’inverse, avec des micros actifs type EMG 81, la résonance propre à la guitare a relativement peu d’importance (même si elle en garde quand même, il ne faut pas caricaturer). C’est pour cela que beaucoup de constructeurs choisissent un bois à la personnalité plutôt neutre comme le tilleul pour les guitares avec micros actifs comme la Jackson RRX24.
Mais de façon générale, comme Paul Reed Smith s’évertue à le défendre, le bois a un son, même sur l’électrique. Les micros captent la vibration des cordes, et cette vibration est aussi impactée par la densité du bois, par sa rigidité et par la façon dont le corps est relié au manche. Ces différences informent la durée du sustain, l’immédiateté de l’attaque et la richesse harmonique, autant dire qu’elles ont une importance cruciale.
Les bois de l’acoustique
Sur une acoustique, la table produit directement le son de l’instrument, c’est l’équivalent du haut-parleur sur un ampli. Elle est donc responsable d’une grande partie du résultat final. Pour se faire une idée de l’influence de l’essence choisie, on mesure généralement la rigidité, la densité et l’amortissement du bois. Ces chiffres donnent déjà un aperçu de ce à quoi on pourra s’attendre une fois la guitare montée, sachant bien sûr que chaque morceau de bois a sa personnalité propre, et que le choix du barrage est aussi très important. Par ailleurs, certains instruments à bas prix font appel à des bois laminés plutôt qu’à des essences massives, ce qui minimise aussi l’incidence du bois d’origine et donne plus d’importance au processus industriel qui a été choisi.
Pour la table, l’épicéa Sitka est de loin l’essence la plus répandue. Son excellent rapport rigidité / légèreté en fait un haut-parleur idéal, et on la retrouve donc à la fois sur l’entrée de gamme Harley Benton CLF-50 que sur une belle Gibson L-00. L’épicéa Adirondack est plus rare que le Sitka, et son côté un peu moins dense lui donne une richesse harmonique très prisée. On le retrouve généralement sur des modèles très haut de gamme comme la Yamaha FG9 MX. On peut aussi trouver du cèdre, qui est plus fragile que l’épicéa mais présente une attaque plus immédiate et n’a pas besoin de période de vieillissement pour donner son meilleur. C’est par exemple le choix qui a été fait pour la Cort Flow OC. Enfin, on trouve aussi des acoustiques avec une table en acajou, un bois plus dense que l’épicéa qui atténue les aigus et donne donc un son très centré sur les fondamentales. Le résultat est moins riche et raffiné, mais il sera parfait pour un rendu chaud et rauque, comme sur la Martin 00-15M.
Le bois du corps a aussi son importance, et on trouve essentiellement deux écoles : acajou ou palissandre, D-18 ou D-28 chez Martin. La densité supérieure du palissandre donne un son plus riche harmoniquement, plus creusé dans les médiums (ce qui met en valeur les graves et les aigus). De son côté, l’acajou aura un son plus chaud et plus marqué dans les médiums. Mais certaines acoustiques ont aussi un corps en érable, comme la Gibson SJ-200 : ce bois est l’opposé de l’acajou en cela qu’il a très peu d’atténuation des aigus, et c’est donc l’idéal pour ne pas avoir des graves trop envahissants sur une guitare massive comme les Super Jumbo de la marque de Nashville.
Les bois de l’électrique
Pour l’électrique, on a deux grandes logiques qui s’affrontent : le modèle Gibson d’un côté, avec manche collé, diapason court et acajou, le modèle Fender de l’autre, avec manche vissé, diapason long et aulne. Si l’on prend par exemple une Fender Player II Strat RW, le corps en aulne va donner une attaque plus rapide et un son plus brillant, ce en quoi l’alliance avec le manche vissé en érable est tout à fait cohérente. Cette version a une touche en palissandre qui va amener un peu de chaleur et un toucher un peu plus doux, mais elle existe aussi avec une touche érable, la Fender Player II Strat MN, pour une attaque plus immédiate. Côté Telecaster, les premiers modèles faisaient appel à du frêne, un bois au son encore plus brillant que l’aulne, et on retrouve cette essence bien typée vintage sur certains modèles comme la Fender Player II Tele MN BTB.
Sur la Gibson SG Standard au contraire, on a un corps en acajou et un manche en acajou, ce qui assure une atténuation maximale des aigus : l’attaque sera donc plus douce, et le son général plus chaud et rond. Sur une Gibson Les Paul Standard 60s, la recette reste la même mais la table en érable qui surmonte le corps en acajou n’est pas uniquement esthétique : elle va ramener un peu de brillance et une attaque un peu plus rapide. Sur la PRS SE Ed Sheeran, le corps est en acajou mais le manche est en érable pour une attaque plus précise, logique vu qu’il s’agit d’une baritone et que la définition des notes devient particulièrement critique lorsque l’on baisse son accordage.
Enfin, certaines marques comme PRS font souvent appel à des essences exotiques, mais il s’agit plus souvent d’un argument esthétique que sonore, comme sur la superbe PRS McCarty 594 Mango et sa table en manguier.
Le tout et la somme des parties
PRS
Myles Kennedy Antique White
Tu l’auras compris, chaque élément a son importance dans la recette complexe qu’est une guitare. Des détails aussi anodins en apparence que la matière de la touche peuvent sublimer le caractère général d’un instrument ou au contraire le perturber. Et c’est là qu’il faut être capable de juger de ses besoins : autrement dit, il n’y a pas de bois qui soit objectivement moins bon ou meilleur qu’un autre, chaque essence a sa personnalité propre qui correspondra plus ou moins à ce que tu recherches. Pour jouer de la country, le frêne des marais de la PRS Myles Kennedy est un classique.
Pour le blues acoustique, un modèle tout acajou (ou okoumé, qui est proche) comme la Gibson LG-2 sera parfait.
Gibson
LG-2 Faded Vintage Sunburst
Pour le blues électrique, vous pouvez choisir entre le brillant de l’aulne (ou du peuplier qui a des caractéristiques proches) sur une PRS SE Silver Sky et la chaleur de l’acajou sur une Gibson Les Paul Studio.
Pour le métal, une Epiphone Les Paul Custom permettra d’allier cette chaleur à la précision de note d’une touche en ébène. Tout dépend donc de ce que tu recherches, et pour ne rien arranger, ces recettes théoriques peuvent parfois donner des résultats empiriques très surprenants. Comme toujours, rien ne vaut un test guitare en main !

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