Aucun effet n’a autant défini l’histoire du rock que la fuzz. C’est la pédale qui a lancé le psychédélisme des années 60, qui a accompagné le revival garage des années 2000, et qui continue encore d’inspirer les guitar heroes actuels. Pourtant, son circuit est souvent simple, et son idée de départ l’est encore plus. Mais, comme toute idée brillante, encore fallait-il y penser. La Fuzz, c’est quoi, à quoi ça sert et ça vient d’où ? On part pour un voyage dans l’histoire de la musique, voici la merveilleuse histoire de la fuzz !
Le son cassé
On peut toujours trouver des antécédents plus anciens, mais deux exemples très importants marquent l’histoire du rock comme des moments où des guitaristes ont décidé d’enregistrer volontairement avec un son saturé. Il y a “Rocket 88” (1951) de Jackie Brenston, pour lequel le son était le résultat d’un ampli endommagé par un freinage un peu rude sur le chemin du studio, et “Rumble” (1958) de Link Wray, pour lequel le guitar hero a carrément percé le cône de son haut-parleur pour obtenir le son infâme et légendaire du morceau. Tu te doutes évidemment que cette modification, malgré son importance historique, n’est pas couverte par la garantie Thomann.

Mais le moment décisif apparaît en 1961 avec l’enregistrement du titre “Don’t Worry” du chanteur country Marty Robbins. Le guitariste de session Grady Martin double la basse avec une basse six cordes (style Fender Bass VI), mais le préampli de la console d’enregistrement à lampe dans laquelle il est branché tombe en panne en plein pendant la prise. Le résultat ? Un son sale, agressif et ultra compressé. Mais là où n’importe quel autre artiste aurait simplement refait la prise en branchant la basse ailleurs, Robbins décide au contraire de mettre ce son bizarre en avant en le laissant seul sur le solo. La suite lui donnera raison puisque le morceau est un tube.
Le morceau est d’ailleurs tellement un tube que d’autres veulent profiter de ce son spécial : Nancy Sinatra réserve le studio et demande le même traitement. Sauf qu’entre-temps, la console défectueuse a été réparée. L’ingénieur du son Glenn Snoddy se lance donc dans la création d’une pédale à trois transistors dont le but est de reproduire ce son : c’est ainsi qu’apparaît la première pédale de fuzz. Grady Martin lui-même l’utilise pour son titre solo “The Fuzz” (une version à peine modifiée de “Don’t Worry”).
Squier
CV Bass VI LRL 3TS
Musique, Maestro !
Mais la pédale de Snoddy ne reste pas longtemps un prototype isolé, et c’est Gibson qui obtient les droits du brevet. Ils lancent donc la pédale FZ-1 en 1962 sous leur marque Maestro, et… c’est un four. En tout et pour tout, les magasins vendent trois exemplaires de la pédale en 1963 et 1964. Mais tout change du jour au lendemain en 1965. Les Rolling Stones enregistrent leur nouveau single à Hollywood en pleine tournée américaine, et Keith Richards a une idée de partie de cuivre. Mais ils n’ont pas le temps de faire venir une section, et Keith note donc l’idée en utilisant la Maestro FZ-1, que l’on présente à l’époque comme un moyen d’imiter un saxophone. Il a eu la pédale dans le cadre d’un endorsement avec Gibson qui lui a aussi valu la guitare qu’il joue pour cet enregistrement, une superbe Gibson Firebird VII.
La maison de disques sort “(I Can’t Get No) Satisfaction” en juin 1965 sans remplacer la partie de fuzz et le titre est le premier numéro 1 des Stones aux USA. Dès lors, tout le monde veut le même son, et les ventes de la FZ-1 s’envole. À l’heure actuelle, les répliques de FZ-1 ne sont pas faciles à trouver, mais le circuit a quand même inspiré la très bonne DOD Carcosa.
Cuisine anglaise
Côté britannique, le guitariste de session Big Jim Sullivan avait une fuzz fabriquée de façon artisanale par le jeune ingénieur Roger Mayer dès 1964. Mais la véritable révolution arrive un an plus tard, lorsque Vic Flick, lui aussi un guitariste de studio (c’est lui qu’on entend sur le thème de James Bond) demande à l’ingénieur Gary Hurst de modifier sa FZ-1 pour obtenir plus de sustain. Le circuit qui en résulte fonctionne si bien qu’il justifie la création d’une nouvelle pédale à part entière, la Sola Sound Tone Bender (qu’on surnomme à l’heure actuelle “MkI”). Elle sera la première véritable fuzz britannique, utilisée par Jeff Beck, les Beatles, Jimmy Page ou encore Mick Ronson.

Parmi les pédales actuelles dérivées de différentes versions de la Tone Bender, on trouve la Earthquaker Devices Barrows, la JHS Pedals Bender, la Warm Audio Bender Fuzz, la Electro Harmonix Bender Royale, la Behringer Fuzz Bender ou encore la nouvelle Vox VFZ-1.
La Fuzz dans ta Face
La Tone Bender connaît plusieurs évolutions, et entre les MkI et MkII, un modèle intermédiaire n’a que deux transistors germanium au lieu des trois transistors des autres versions. C’est ce chaînon manquant, surnommé MkI.5, qui va inspirer Dallas Arbiter lorsque ce magasin et distributeur britannique va créer sa propre fuzz. Ils vendent aussi des pieds de micro avec une base arrondie, et ils reprennent cette forme pour la Fuzz Face. Cette fuzz est encore le modèle le plus populaire à l’heure actuelle, dans sa forme originale (Dunlop Germanium Fuzz Face Mini, Dunlop Jimi Hendrix Fuzz Face Mini) ou avec de très nombreux clones plus ou moins modifiés (Wren & Cuff Face 70’s ou JAM pedals Fuzz Phrase Si). Il faut dire que c’est la pédale de Jimi Hendrix, David Gilmour, Eric Johnson et bien d’autres encore.
La Fuzz Face passe du germanium au silicium en 1968, puis à la même époque l’ingénieur new-yorkais Mike Matthews conçoit un circuit de fuzz pour la marque Guild. Mais il va ensuite monter sa propre marque et y vendre ce circuit : c’est ainsi qu’est née la Electro Harmonix Big Muff, qui connaîtra elle aussi d’innombrables versions et mériterait son propre article.
Depuis, la grande majorité des modèles de fuzz qui apparaissent sur le marché sont inspirés par ces circuits originels, ce qui n’a pas empêché les musiciens d’avoir de nouvelles idées en les exploitant.
Envie d’en savoir plus sur la Fuzz ? Jette un oeil à cette vidéo (c’est en anglais)
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