À l’origine, le Humbucker a été inventé par les ingénieurs de Gibson afin de « supprimer les bruits parasites » en reliant électriquement et magnétiquement deux micros simples en série et en hors phase. Du point de vue « pratique », les guitaristes connaissent davantage ce type de micros pour le son puissant, rond et chaud qu’ils délivrent. Ainsi, le double bobinage sera par exemple plus adapté pour le jeu en saturation. Si la marque possède une identité très prononcée pour les sons cristallins, limpides émanant de ses micros à simple bobinage (qui ont sculpté tant d’albums de musique Rock de légende), elle n’a, en revanche, jamais vraiment réussi à conquérir le marché du double bobinage, terre conquise par Gibson depuis le début des années cinquante.
Cette série est entièrement fabriquée dans l’usine de Fender au Mexique. Les corps de toutes les guitares sont fabriqués en aulne avec des manches (vissés) en érable avec un radius de touche de 9.5” (241 mm) et 22 frettes (à l’exception de la Jazzmaster) Ces dernières sont de type médium jumbo. Les mêmes configurations et finitions ont permis de tirer les prix vers le bas avec un prix public annoncé de 656 euros ! Afin de satisfaire les musiciens les plus intransigeants, la plupart des modèles sont disponibles avec un choix de deux touches différentes : érable ou palissandre. Rappelons que cette dernière essence donne au son davantage de chaleur, de précision et de rondeur. On se doute bien que pour ce prix, les corps ne sont pas en bois massif de premier choix, mais plutôt en deux voir trois parties collées. Il faut être réaliste, on ne peut pas non plus s’attendre à la résonance émanant d’un bloc de bois massif en tirant autant sur les prix. Toutes les guitares ont une peau parfaite, un vernis de type polyuréthane avec une finition gloss irréprochable. Le vernis des manches est semblable à la série des Classic Reissue. Très épais, il protège parfaitement le bois, offre une excellente grippe et un confort de jeu optimal tout en permettant rapidement l’accès à tout point du manche. Une touche moderne (mais néanmoins très pratique) a été apportée avec le déplacement du réglage du truss-rod en haut du manche. Sur tous les modèles, l’accastillage est en nickel/chrome et les boutons des potentiomètres de tonalité et de volume sont empruntés aux amplis de la marque. Initiative très originale certes, mais il faut l’admettre, qui ne plaira pas à tout le monde.
Passons en revue les nouvelles recrues de cette promotion Black Top.
La Stratocaster est du point de vue esthétique et sonore très réussie. Son magnifique vernis Candy apple red avec sa plaque de protection mind green 3 plis du plus grand effet la font briller de mille feux. Deux autres finitions sont aussi proposées : Sonic blue et noire avec au choix une touche palissandre ou érable. Elle possède deux micros avec des capots chromés Hot Vintage Alnico Humbucking, un contrôle de volume, une tonalité, un trémolo de type vintage et enfin un sélecteur 5 positions.
Position 1 : micro chevalet seul en position humbucking. Le timbre est puissant et riche et convient parfaitement pour les rythmiques agressives, mais néanmoins précises.
Position 2 : les deux micros sont branchés en inversion de phase. Le spectre sonore est creusé dans les médiums avec un son à la fois robuste sans pour autant être trop large.
Position 3 : micro chevalet + manche en série. Le registre grave est soulagé afin de mettre en avant le registre médium qui donne un côté très plat et massif.
Position 4 : micro manche seul en inversion de phase. C’est la position la plus intéressante qui est ici proposée parmi les différentes combinaisons offertes par le sélecteur. On retrouve le timbre si particulier de la Stratocaster sans le côté trop saillant à couper au rasoir du son traditionnel.
Position 5 : micro manche seul en position humbucking. On reprochera à cette position trop de graves qui alourdissent énormément le timbre obtenu. Trop lourd en rythmique, mais néanmoins intéressant pour le lead.
La véritable pépite de cette série est la Jazzmaster. Au premier coup d’oeil elle déjà rayonne avec un très beau vernis sunburst trois tons. 21 frettes composent son manche avec une touche en palissandre contre 22 pour les trois autres modèles. Elle possède en position manche un micro Jazzmaster Duncan Designed à simple bobinage traditionnel de type P-90 et enfin un micro chevalet à double bobinage Hot Vintage Alnico sans capot laissant apparaître ses entrailles. Comme ses petites sœurs, elle est affublée d’un vibrato de type vintage qui mérite un réglage assez fin afin d’assurer une bonne tenue de l’accord. À noter cependant qu’il est hors de question de faire des bends à la Van Halen, ce type de trémolo n’ayant bien sûr pas été conçu à cet effet ! Du point de vue électronique, elle est dotée d’un sélecteur à trois positions et d’un accastillage chromé. Le micro manche délivre un son robuste, claire, équilibré et donnera un caractère très carnassier à vos riffs favoris ! La seconde position délivre un son très funky, très rebondissant dans lequel tout du moins sur notre modèle le son du P-90 se fait davantage entendre que le micro manche. On regrette ici une absence de réglage de volume par micro.
La Telecaster est disponible en Candy apple red, en noire et enfin Silver. Elle est la moins réussie de la série, car les doubles bobinages (deux Hot Vintage Alnico) lui font complètement perdre sa personnalité. Du simple point de vue esthétique, il faut avouer que le contour des capots des micros en plastique n’est pas des plus heureux. L’habit ne faisant pas le moine, poussons un peu plus loin notre investigation. On remarquera quelques innovations et pas des moindres. Tout d’abord la plaque de contrôle de type vintage chromé avec un sélecteur à 3 positions est inversée. En regardant plus en détail et après avoir pris la guitare en main, on s’aperçoit aussi que cette dernière a été légèrement décalée et enfin remontée plus proche de la main de l’instrumentiste. Cela facilitera un accès plus rapide et confortable aux potentiomètres de tonalité et de volume. Le chevalet chromé est de type « hard tail », les cordes traversent le corps participant à ainsi donner davantage de sustain à l’instrument. Aussi bien en son clair qu’en position manche ou chevalet, le son est rond, onctueux, presque (trop) sucré. On a complètement perdu le côté piquant, épicé et claquant propre à la Telecaster. Pour ceux qui pratiquent la country, le funk ce modèle n’est pas pour vous, car le son manque de rebond et sonne peut-être un peu trop « plat » pour ce genre de musique.
La Jaguar est la seule du lot à posséder un manche en érable avec une touche rapportée en palissandre dont le diapason est légèrement plus court : 24 pouces (610mm) contre 25,5” (648mm) pour les trois autres modèles. Deux vernis sont disponibles : noir ou silver. Elle est affublée d’un chevalet Adjusto-Matic et enfin d’un chevalet stop-tail qui bien réglé (pas le cas du modèle reçu) conservera parfaitement l’accord. Qui n’a jamais été un peu déstabilisé par les réglages offerts par une Jaguar verra ici son bonheur ! En effet, ces derniers sont d’une simplicité enfantine. Ils ont été réduits au plus simple apparat avec un modeste sélecteur trois positions. L’absence de réglage de la tonalité sur les micros est dommage et le un micro manche reste trop sourd et lourd lorsqu’on lui applique une grosse saturation. En revanche c’est un véritable régal pour les sons en crunch. On regrettera l’absence de vibrato, dommage !
Avec cette série Black Top Fender nous propose un éventail de sons et de finitions très larges avec une configuration pour le moins inédite sur quatre modèles très différents ! Les ergonomies des guitares sont quasi parfaites, les finitions soignées. La véritable pépite de l’ensemble reste quand même la Jazzmaster qui nous a vraiment tapés dans l’œil non seulement par sa beauté, mais aussi et surtout pour ses capacités expressives survitaminées. Le prix d’environ, 550€ en magasin est très attractif et s’adresse aux guitaristes voulant s’acheter un instrument de la marque Fender sans pour autant briser sa tirelire.